Notre Ronchon de service s’adresse à vous !
Ce 12 mars, j’irai manifester.
Pas par habitude. Pas par folklore.
J’aime pas les manifs, j’aime pas les trains bondés, j’aime pas avancer d’un pas toutes les 8 minutes au milieu d’une foule bruyante, j’aime pas me faire gazer alors que je n’ai même pas jeté un trognon de pomme par terre, j’aime pas Manu Chao, j’aime pas les djembés, mais surtout, j’aime pas entendre les clones de Thatcher répéter qu’il n’y a pas d’alternative, j’aime pas les populistes, j’aime pas les menteurs, j’aime pas les gens qui divisent et qui stigmatisent, j’aime pas qu’on foute en l’air le modèle social de la Belgique et j’aime pas les « ingénieurs » de ce gouvernement.
Et je ne reconnais plus le modèle de société qu’on nous dessine.
Je suis fonctionnaire. C’est-à-dire que je travaille pour le service public, pas pour un dividende record. Mon boulot, ce n’est pas de « faire du chiffre pour faire du chiffre », c’est de faire fonctionner quelque chose qui nous dépasse tous : l’école, la justice, la santé, l’administration, la solidarité. Bref, les fondations.
Or, depuis des années, ces fondations sont présentées comme des coûts à réduire. On parle d’« efficacité », de « rationalisation », de « non-remplacement ». On coupe dans les effectifs, on met la pression sur les malades de longue durée, on limite les allocations dans le temps, on fragilise les mutuelles, on demande aux magistrats de juger plus avec moins, aux enseignants d’enseigner davantage dans un climat d’incertitude permanent. Et si ça craque ? On parlera de manque de motivation.
Pendant ce temps, les subventions aux grandes entreprises atteignent des sommets, les dividendes battent des records, certaines cotisations sont plafonnées pour les très hauts salaires, et on nous explique, la main sur le cœur, qu’il n’y a pas d’alternative. Que l’austérité est une fatalité. Que taxer davantage les épaules les plus larges serait presque indécent.
On nous promet 500 euros d’écart entre le travail et l’inactivité, comme si la société se résumait à un slogan publicitaire. On désigne les chômeurs, les migrants, les malades, les fonctionnaires comme problèmes prioritaires, pendant que les inégalités patrimoniales explosent tranquillement en arrière-plan. C’est pratique : on regarde vers le bas pour éviter de lever les yeux vers le haut.
En tant que fonctionnaire, je manifeste parce que je vois concrètement ce que produisent ces choix : des services débordés, des usagers perdus, des collègues épuisés. On nous demande d’être à la fois plus rapides, plus stricts, plus humains… avec moins de moyens. C’est un peu comme exiger d’un pompier qu’il éteigne l’incendie en optimisant la consommation d’eau.
En tant que citoyen, je manifeste parce que je refuse un modèle qui banalise les attaques contre la presse, qui considère les syndicats comme un obstacle plutôt que comme un contre-pouvoir, qui soupçonne et veut pouvoir interdire les associations sans passer par la case judiciaire, qui fragilise le droit d’asile, qui rogne sur les soins, l’enseignement, la culture, tout en expliquant que « le courage, c’est réformer, pas taxer ».
Le courage, pour moi, c’est aussi défendre les droits fondamentaux quand ils sont présentés comme des privilèges. C’est rappeler que la solidarité n’est pas une faiblesse comptable, mais un choix politique. C’est refuser qu’on transforme la démocratie en match permanent sur les réseaux sociaux, où la polémique du jour efface celle d’hier.
Je manifeste parce que je veux un État qui investit dans ses écoles avant d’annoncer des F-35, qui protège ses journalistes au lieu de les intimider, qui renforce la justice au lieu de l’asphyxier, qui lutte contre la fraude fiscale avec autant d’énergie qu’il traque les allocataires.
Et puis, très honnêtement, je manifeste aussi parce que je préfère user mes semelles une après-midi qu’user ma conscience pendant des années.
On nous dit souvent : « Si ça ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à partir. »
Je réponds : non. Justement. Je reste. Et je marche.
Parce que le service public, ce n’est pas une charge.
C’est ce qui fait tenir la maison commune.
Et quand on voit les fissures, le minimum, ce n’est pas de se taire.
C’est d’aller soutenir les murs.
Car, s’ils continuent à fragiliser les fondations, c’est toute la société qui s’écroulera.
Alors, on se retrouve tous le 12 mars à Bruxelles dès 9 h 45 devant l’entrée du North Galaxy !
Le Ronchon de service
