Et éviter de parler des vraies responsabilités…
.
Pour faire passer ses réformes, le gouvernement Arizona utilise une méthode dangereuse : diviser la population en désignant tour à tour certaines catégories comme responsables des difficultés budgétaires. Fonctionnaires, malades, travailleurs à temps partiel, pensionnés ou carrières interrompues sont tour à tour désignés comme des problèmes, afin de justifier des reculs sociaux.
Nous dénonçons cette logique de stigmatisation, qui oppose les travailleurs entre eux, fragilise la solidarité et détourne le débat des vraies questions : le financement juste de la Sécurité sociale, la lutte contre la fraude fiscale, la contribution des revenus du capital, la qualité de l’emploi et la préservation des services publics. L’UNSP refuse cette stratégie de division et défend une autre vision : une société fondée sur la justice fiscale et sociale, le respect des fonctionnaires et la protection de toutes les carrières.
.
Depuis son installation, le gouvernement Arizona applique une méthode désormais bien connue : diviser pour faire passer ses réformes.
Plutôt que de rassembler la population autour d’un projet juste, équilibré et solidaire, il désigne tour à tour des catégories de citoyens comme responsables des difficultés budgétaires du pays.
Un jour, ce sont les fonctionnaires.
Le lendemain, les malades de longue durée.
Puis les chômeurs.
Puis les travailleurs à temps partiel.
Puis les pensionnés.
Puis celles et ceux qui ont eu une carrière interrompue, une carrière pénible, une carrière familiale, une carrière simplement différente du modèle idéal imaginé dans les cabinets ministériels.
À chaque fois, la mécanique est la même : isoler une catégorie, la présenter comme un problème, puis justifier une réforme qui réduit ses droits.
Une stratégie dangereuse et qui, hélas, porte ses fruits
Cette méthode est dangereuse, parce qu’elle abîme le débat démocratique.
Au lieu de poser les vraies questions – comment financer correctement la Sécurité sociale et les pensions, comment renforcer l’emploi de qualité, comment lutter réellement contre la fraude fiscale, comment préserver les services publics -, le gouvernement préfère organiser la suspicion.
Les fonctionnaires seraient des privilégiés.
Les malades devraient prouver qu’ils le sont vraiment.
Les chômeurs seraient responsables de leur situation.
Les travailleurs à temps partiel n’auraient pas assez travaillé.
Les pensionnés coûteraient trop cher.
Ce discours est injuste.
Il est surtout profondément méprisant. Il laisse à penser que toutes ces personnes sont des fraudeurs.
Car derrière ces catégories, il y a des hommes, des femmes. Des parcours de vie. Des accidents. Des choix familiaux. Des métiers usants. Des carrières morcelées. Des temps partiels subis. Des maladies. Des restructurations. Des services publics sous pression. Des agents qui tiennent l’État debout malgré le manque de moyens.
Les fonctionnaires en première ligne
Les fonctionnaires sont devenus une cible commode.
On les oppose aux travailleurs du privé. On laisse entendre que leurs droits seraient excessifs, que leur pension serait un privilège, que leurs statuts seraient dépassés. Mais on oublie trop facilement ce que ces droits représentent : une reconnaissance de missions spécifiques, de contraintes particulières, de carrières au service de l’intérêt général. On ne cite jamais les avantages du privé auxquels ils n’ont pas droit.
La réforme des pensions illustre parfaitement cette logique. Le gouvernement assume une harmonisation progressive entre régimes, avec des mesures touchant notamment les pensions publiques, les tantièmes préférentiels, la pension pour inaptitude physique et le traitement de référence des fonctionnaires.
Mais harmoniser ne devrait jamais signifier tirer tout le monde vers le bas.
La vraie justice ne consiste pas à enlever des droits à certains pour donner l’impression d’égalité aux autres. La vraie justice consiste à améliorer les droits de tous, à reconnaître les réalités de chaque carrière et à garantir une pension digne après une vie de travail.
Les malades, les travailleurs à temps partiel dans le viseur
La même logique vise les malades de longue durée.
Dans le débat public, on parle souvent d’eux comme d’un coût, rarement comme de personnes confrontées à une épreuve. Pourtant, la maladie n’est pas un choix.
Les travailleurs à temps partiel sont également victimes de cette vision réductrice.
Le temps partiel n’est pas toujours voulu. Et les interruptions de carrière ne sont pas des vacances.
Dans les textes, on parle de jours prestés, de seuils, de conditions de carrière. Mais dans la vraie vie, derrière le temps partiel, il y a souvent des femmes, des aidants proches, des parents, des personnes qui combinent emploi, soins, famille et contraintes économiques.
Une carrière à temps partiel n’est pas une demi-vie.
Une carrière interrompue n’est pas une carrière sans valeur.
Une carrière marquée par la maladie ou les soins n’est pas une carrière de confort.
Diviser pour éviter de parler des vraies responsabilités
Cette stratégie de division a un objectif : empêcher la solidarité.
Si les travailleurs du privé jalousent les fonctionnaires, ils ne regardent plus les cadeaux fiscaux accordés ailleurs.
Si les bien-portants se méfient des malades, ils ne s’interrogent plus sur les conditions de travail qui rendent les gens malades.
Si les temps pleins méprisent les temps partiels, ils ne voient plus les inégalités qui traversent le monde du travail.
C’est l’art de diviser.
Créer des oppositions artificielles.
Désigner des boucs émissaires.
Utiliser des exceptions pour en faire des généralités.
Faire croire que les droits des uns seraient la cause des difficultés des autres.
Transformer la solidarité en suspicion.
Transformer la Sécurité sociale en tribunal permanent.
Pendant ce temps, les vraies questions passent au second plan : la lutte contre la fraude fiscale, la contribution des revenus du capital, les niches fiscales coûteuses, le financement structurel des services publics, la qualité de l’emploi, la prévention des maladies professionnelles, l’usure au travail et la redistribution équitable des richesses.
L’UNSP refuse cette logique
L’UNSP refuse cette manière de gouverner.
Nous refusons que les fonctionnaires soient présentés comme des privilégiés alors qu’ils font fonctionner l’État, les finances, les services publics, la sécurité et l’ensemble des missions indispensables à la population.
Nous refusons que les malades soient traités comme des suspects.
Nous refusons que les travailleurs à temps partiel soient pénalisés pour des choix souvent contraints par la vie, la famille, la santé ou l’organisation du travail.
Nous refusons que les pensions soient réduites à une équation budgétaire, comme si une vie de travail pouvait être effacée par une formule dans un tableau Excel.
Ce que nous défendons
Nous défendons une autre vision de la société.
Une société où l’on ne dresse pas les travailleurs les uns contre les autres.
Une société où l’on ne culpabilise pas les personnes fragilisées.
Une société où les fonctionnaires sont respectés pour les missions qu’ils accomplissent.
Une société où la Sécurité sociale reste une protection collective, et non un système de sanctions.
Une société où la pension reste un droit, pas une récompense réservée aux carrières parfaites.
Le rôle d’un gouvernement devrait être de renforcer la cohésion sociale, pas d’organiser la concurrence entre les citoyens.
Car aujourd’hui, chacun peut être la cible de demain.
Celui qui travaille peut tomber malade.
Celui qui est en bonne santé peut perdre son emploi.
Celui qui travaille à temps plein peut devoir réduire son temps de travail pour aider un proche.
Celui qui critique les droits des autres peut découvrir trop tard qu’il avait lui aussi besoin de solidarité.
Ne tombons pas dans le piège
C’est pourquoi nous devons refuser le piège de la division.
Le problème, ce n’est pas le fonctionnaire.
Ce n’est pas le malade.
Ce n’est pas le travailleur à temps partiel.
Ce n’est pas le pensionné.
Le problème, c’est une politique qui choisit systématiquement de faire payer les mêmes.
L’UNSP continuera à combattre les mesures injustes, à défendre les fonctionnaires et à proposer d’autres solutions.
Des solutions qui ne reposent pas sur la stigmatisation, mais sur la justice sociale et fiscale.
Des solutions qui ne divisent pas les travailleurs, mais qui renforcent leurs droits.
Des solutions qui ne culpabilisent pas les plus fragiles, mais qui s’attaquent enfin aux vraies causes du déséquilibre budgétaire.
Parce qu’un pays ne se construit pas en opposant ses citoyens les uns aux autres.
Il se construit par la solidarité, le respect et la justice.
Et c’est précisément cela que nous continuerons à défendre.
